Témoignages 2
Texte n 13-1

LA PEINTURE COMME EXPÉRIENCE POÉTIQUE



Version anglaise

Pour moi, il n’y pas “les artistes” d’un côté et “ceux qui regardent” de l’autre. Chacun d’entre nous crée sans le savoir, comme il respire, sans pour cela avoir besoin de tenir un pinceau. Je dirais humblement qu’à la différence, l’artiste “se sent” créer car il engage en principe tout son être. L’art a besoin d’une rencontre pour avoir un sens, comme la musique qui ne commence vraiment son existence que s’il y a une oreille pour l’écouter, la tableau, lui , a besoin du regard de l’autre. J’ai toujours senti, et je remercie mes parents pour ce qu’ils m’ont appris, que l’élément essentiel dans mon aventure picturale reposait sur cet amour de la nature avec laquelle on est ni trop scrupuleux ni trop sincère, ni trop soumis.
Ceci dit, on ne pense pas “un jour je serai peintre” devant un beau paysage, mais bien devant un tableau. Comme beaucoup de peintres, c’est précisément au musée du Jeu de Paume que j’ai eu cette “révélation” face aux maîtres impressionnistes. Tous ces tableaux accrochés dans de petites salles intimes représentent autant de fenêtres ouvertes encadrées, véritable hymne à la nature. Enthousiasmé par cette peinture, je m’empressais, sur autorisation de l’école et du musée du Louvre, de venir effectuer le matin des séances de copie de me maîtres préférés. Passer ainsi des heures à cinquante centimètres d’un Monet, d’un Sisley, ou d’un Cézanne vous prodigue un indicible bonheur et consacre à jamais la naissance d’une passion. Le parfum de cette fraîche et véridique fleur des débuts est encore très présent dans mon cœur et ne cesse de s’épanouir dans le temps. C’est seulement dans les années de jeunesse qu’on identifie le hasard avec la destinée. Plus tard, on s’aperçoit que la véritable orientation d’une vie est déterminée du dedans. La vie se présente palpable aux doigts, elle apparaît aux yeux, elle s’offre aux sens. Que de difficultés pour faire venir à la surface ce qu’on a de plus profond e nous, tous ces sentiments qui pêl-m^le se précipitent sous le pinceau ou sons la plume, ou tout simplement dans les moindres de nos petits faits et gestes en quête finalement de simples moments de bonheur.
Ouvrir un nouvel espace à explorer dans une réelle liberté d’expression traduit le désir louable de réalisme qu’est l’école impressionniste. Camille Corot disait “un coup de pinceau en plein air vaut mieux qu’une journée en atelier”. Ses propos montrent bien l’importance du mouvement impressionniste, école du plein air en tant que réaction contre la formule archi-usée de l’académisme officiel. Qu’est-ce que l’impressionnisme ? Dans le mot lui-même, il y a l’essentiel. Allons un peu plus loin.

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